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Véronique Bui
Véronique Bui est agrégée de lettres modernes et Maître de conférences à l’université du Havre. Elle a publié aux éditions Honoré Champion, collection Romantisme et Modernité, La femme, la faute et l’écrivain. La mort féminine dans l’œuvre de Balzac. Elle travaille actuellement sur George Sand et participe à l’édition de ses Œuvres complètes sous la direction de Béatrice Didier. Elle a en charge La Mare au diable ; elle participe également à la réédition des ouvrages de Balzac dans la collection des classiques Garnier. Elle vient de préfacer et d’annoter Les Contes drolatiques pour les éditions Garnier distribuées avec le supplément littéraire du Monde.
Six Feet Under ou la mort comme pré/texte
Dans la présentation faite de la série Six feet under sur son site, la levée des tabous est mise en avant et le premier d’entre les tabous que cette série subversive ferait sauter est celui de la mort. Certes, du fait de l’activité professionnelle de la famille des protagonistes, la mort est centrale. Mais, contrairement à ce qui est annoncé, ce n’est pas tant la mort qui est traitée dans cette série que la vie.
Là réside l’un des pièges et l’une des grandes réussites de Six feet under : la mort n’y est pas le dénouement, elle est le point de départ ; elle n’isole pas, elle réunit ; elle n’est pas l’épilogue, elle est le prologue. A cet égard, elle prolonge et radicalise le procédé utilisé dans Desperate Housewives d’une mort qui a précédé l’histoire puisque la narratrice fait, comme Chateaubriand, son récit d’outre-tombe.
A l’instar des auteurs qui ont fait les grandes heures du roman-feuilleton au siècle dernier, les scénaristes de Six feet under relancent l’intérêt du spectateur en instrumentalisant la mort. La mort n’y est plus l’horizon vers lequel tend le récit, elle est un procédé qui relance l’intérêt du spectateur, intérêt qu’elle détourne vers le vivant : personnage, situation, relations amoureuses, conflit familial, etc. Ainsi, au lieu de développer une histoire ou un personnage jusqu’à son terme, la série joue plutôt sur un système de débuts répétés, renouvelés qui mettent en échec la notion de fin. Le dernier plan de chaque épisode qui se termine sur un « fondu au blanc » ramène le spectateur au « fondu au blanc » de la fin du générique, analogon de la page blanche s’il en est, mais aussi ouverture et début. La mort, clausule irréductible par excellence, est ainsi ébranlée dans son fonctionnement narratologique et sémantique. Elle n’est plus la fin, elle est devenue pré/texte.