Présentation du colloque

Comité d' organisation et contacts

Photographies

Programme

Manifestation Grand Public

Liste des intervenants

Informations pratiques


Eddy Chevalier, Université de Paris 11

Eddy Chevalier est Professeur Agrégé à l’Université Paris 11 où il enseigne la langue anglaise et la civilisation américaine. Il prépare actuellement une thèse de doctorat intitulée « Le Scandale aux Etats-Unis » à l’Université Paris IV.

« Wait… it’s not what it looks like… it’s worse ! » : secret, viol et viol du secret dans la saga du Carver de Nip/Tuck

Un piège est un engin servant à attirer ou prendre des animaux. S’intéresser au piège des nouvelles séries télévisées reviendrait alors à comprendre en quoi leur texture narratologique est une embûche insidieusement dressée pour que le spectateur s'y laisse prendre…comme un rat. Traquenard, guet-apens, la série télévisée peut également devenir une forme d’addiction faisant naître le désir de ne plus jamais s’échapper de sa structure labyrinthique. Le suspense nous fait-il alors devenir infrahumains ?
La saga du Carver de Nip/Tuck pourrait faire figure de cas d’école dans le cadre d’une étude sur les mécanismes narratologiques des feuilletons américains. Le Carver est un serial killer masqué dont l’identité ne fut révélée que lors de sa dernière apparition, lors du quinzième et dernier épisode de la troisième saison. Le créateur de la série Ryan Murphy n’avait à l’origine pas prévu de développer ce personnage qui ne devait apparaître que dans un seul épisode. Mais, suite à la réaction des fans, il décida de faire de ce diable habillé en Prada (il porte en effet un chandail de la collection automne-hiver 2004) un personnage récurrent. Le désir du public a donc était pris en compte pour mieux l’assujettir. De plus, la révélation de l’identité du sadique a savamment été mise en scène. Il convient donc de prendre en compte la dimension théâtrale de cette mise en suspens(e). Les paris sur Internet se multiplièrent pour savoir qui se cachait derrière le masque terrifiant de celui qui défigurait et violait les protagonistes. Micro phénomène de société, cette attente angoissée de la révélation poussa des internautes à analyser la voix du Carver (modifiée à l’aide d’un vocodeur) pour percer son secret. Les racines de la fascination pour ce personnage sont plurielles : l’excitation due au secret, au viol, et au viol du secret. On se demandera d’ailleurs si le piège des séries télévisées n’est pas toujours, d’une façon ou d’une autre, d’ordre sexuel. L’étymologie du mot fascination nous mène en effet sur la piste du fascinus latin, le phallus. Il sera alors d’autant plus intéressant d’étudier la résolution du mystère, qui n’a pas manqué d’aliéner les fans. On découvrit alors que le Carver…n’avait pas de pénis ! D’où la prise en compte de la frustration dans cette étude. Car la boulimie visuelle du spectateur qui ne peut s’empêcher de regarder tant qu’il n’est pas rassasié implique l’extrême difficulté des scénaristes à imaginer la fin d’une saga particulièrement captivante. Bien souvent en effet, des séries perdent leur public – et leur âme – après avoir tenu les spectateurs en haleine. On utilise dans ce cas aux Etats-Unis l’expression ‘jumping the shark’. On pense ici au fameux Moldavian Masssacre, cliff-hanger de la saison 5 de la série Dynasty ou aux dernières secondes de la saison 3 de Melrose Place, où Kimberly, autre psychopathe notoire à avoir marqué le paysage audiovisuel américain, s’exclame, un détonateur à la main après avoir déposé des bombes dans les appartements de ses voisins : « Wait…it’s not what it looks like…it’s worse ! »