On appelle encore le Corophium, crevette de vase. Mais ce n'est pas une crevette
car il appartient à un sous-ordre de crustacés, les Amphipodes. On les appelle
encore "nageurs de côté" ou "puces des plages". Ils apparaissent en grand nombre,
nageant de manière confuse dans l'écume qui festonne la plage. Ces amphipodes
ont un exosquelette chitineux. A la différence des écrevisses, les amphipodes
n'ont pas de carapace continue recouvrant le thorax. Leur corps est divisé en
une série de courts segments tubulaires. Des joints flexibles entre les segments
permettent à l'animal de se raidir ou de se recourber en boule. Des appendices
accomplissent différentes fonctions. La tête porte deux paires de longues antennes
flexibles qui servent essentiellement à l'animal pour appréhender son environnement.
Derrière les antennes, se trouve un groupe d'appendices utilisés essentiellement
pour la capture et la saisie de la nourriture, ce sont les maxillipèdes. A l'intérieur
de la bouche, des mandibules broyent la nourriture. A la suite, le long du thorax,
se trouvent des appendices flexibles et longs ou périopodes servant à la reptation
sur le substrat. Le Corophium est petit comparé au reste des amphipodes. Sa taille
d'étend de 1 mm à la première mue à 12 mm. Les mâles moins nombreux ont des antennes
plus longues.
Les Corophium se nourissent des particules qui reposent
sur le fond (dépositivores) ainsi que des particules en suspension dans l'eau
(filtreurs). Ils émergent partiellement de leur terrier et utilisent leurs secondes
antennes comme des rateaux pour tirer les particules vers l'embouchure du terrier.
Après une période de nutrition, l'animal se retire dans son terrier. Un animal
remplit son estomac en une demi-heure et la digestion prend moins d'une heure.
Une grande partie de la nourriture est constituée de diatomées. Un animal peut
consommer plus de 4000 diatomées par jour. Le Corophium produit de petites pelotes
fécales (jusqu'à 0,5 mm de diamètre et 10 mm de long). De 500 à 1000 pelotes peuvent
être rejetées en un jour.
La densité des Corophium peut être extrêmement
importante (10 000 à 20 000 individus au mètre carré). L'abondance est très variable.
On peut avoir un ou deux pics de génération par an. Le froid n'est pas un problème
et ils peuvent supporter le gel. La reproduction débute début mai, les premiers
jeunes sont relachés fin mai. Mi-juin, il y a un grand nombre de petits juvéniles.
Une seule femelle peut avoir plusieurs portées. Ils grandissent lentement en automne,
cessent de croître en décembre. Le Corophium est responsabvle d'une intense bioturbation
(remaniement des couches superficielles de vase). Plus cet amphipode est abondant,
plus est grande la contamination des animaux filtreurs (moules par exemple). Il
joue un rôle significatif dans le transfert des substances toxiques enfouies dans
la vase à la chaîne alimentaire aquatique. Le Corophium possède des parasites
comme le trématode Maritrema.
Les
Corophium peuvent vivre dans des eaux de salinité allant de 5 à 34 pour mille.
Les Corophium choisissent l'emplacement de leur terrier. Il nagent au hasard
et atterrissent seulement pour tester la surface. La couleur du substrat n'a
pas d'importance. Après avoir atterri, ils rampent et manipulent délicatement
les particules de sédiment, probablement pour évaluer leur texture et leurs
caractéristiques chimiques. Ils semblent répondre à une proprité particulière
du substrat au moment de décider de creuser ou non leur terrier. La taille des
particules a son importance car la vase doit avoir la bonne consistance. Si
elle est trop fine ou gorgée d'eau, la vase s'effondre. Si elle est trop grossière,
il y a moins de pellicule organique sur la surface de sgrosses particules. Les
particules doivent être fines et revêtues de matière organique. Ces minces biofilms
consistent en bactéries, algues microscopiques, champignons, protozoaires et
leurs sécrétions. De tel biofilms sont importants pour la nourriture. Les Corophium
se répartissent en amas car ils apprécient leur voisinage mutuel. Chaque minuscule
terrier en forme de U possède 2 ouvertures à la surface du sédiment. Sa taille
varie de quelques mm en diamètre. Il s'étend vers le bas jusqu'à environ 7 cm
ou plus, ce qui donne en longueur environ 15 cm. L'animal creuse son terrier
dans la vase molle en utilisant ses grandes antennes et ses périopodes pour
amollir le sédiment. Il bat des pléopodes pour évacuer le matériel excavé. La
muraille du terrier est faite de particules compactées liées par une sécrétion
adhésive produite par des glandes spéciales. Les animaux ne restent as en permanence
dans un terrier, mais ils se déplacent fréquemment, parfois un jour ou deux.
L'animal émerge par moment de la vase pour explorer la surface, sort pour occuper
un terrier vacant ou en construire un nouveau. Les diatomées, les bactéries
et autre smicroorganismes des couches superficielles sécrétent des substances
organiques gluantes appelées "mucopolysaccharides". Ces substances lient les
particules et rendent l'érosion du sédiment par les courants moins facile. Comme
le Corophium consomme beaucoup de ces microorganismes, le résultat est une décroissance
de la production de cette matière collante. Les Corophium tendent à se concentrer
à la périphérie et dans les chenaux de drainage des marais salés.
Il
y a normalement 4 à 10 fois plus de femelles que de mâles. C'est le nombre excessif
de mâles qui initie la reproduction. Au jusant, juste après le retrait de l'eau,
quand le sédiment est humide, les mâles matures émergent de leur terrier et
partent à la recherche d'une femelle. Après avoir testé plusieurs terriers,
le mâle trouve une femelle à son goût et disparait dans le terrier. La copulation
se produit dans l'intimité du terrier. La saison de la reproduction s'étend
de début mai jusqu'à début août. En plus de ce cycle saisonnier, les activités
reproductrices sont liées fortement aux cycles tidaux. Le nombre des mâles rampants
s'élève à chaque marée de vive-eau de l'été de même que celui des femelles gravides.
Le jeune totalement développé s'échappe deux semaines plus tard profitant de
la marée de vive-eau suivante.