Les écrivains de la Côte d'Albâtre

     Les peintres ne sont pas les seuls à avoir été sensibles à ces paysages qui, suscitent l’intérêt et l’admiration. En effet, les écrivains ont su transcrire par les mots les mêmes sentiments que ceux obtenus à l’observation des peintures. L’émotion est aussi grande....

     Cependant, les écrivains ont un atout supplémentaire, décrire la vie des habitants de la Côte d’Albâtre. Ici aussi, le réalisme prime devant le romantisme désormais obsolète. Alors que André GIDE ou Gustave FLAUBERT immortalisent les villes de Fécamp ou d'Etretat, MAUPASSANT plante aussi bien son décor au Havre dans le cadre du roman Pierre et Jean qu’à Etretat siège de plus d’amertume personnelle. Il s’est intéressé et a tourné la majorité de son œuvre autour de vies paysannes, pauvres, mais " vraies ". Il s’opposait ainsi aux modes bourgeoises parisiennes du moment. Ces paysages et ces modestes gens semblent le toucher particulièrement et c’est avec une certaine émotion et sensibilité qu’il nous décrit des tranches de vie, aussi bien dans ses récits que dans ses poèmes.

     Les personnages mis en scène sont de bons paysans, de rudes travailleurs, souvent de bons vivants, épris de finesse, d’humour, de savoir vivre et en proie à l’amour passionnel. Mais il n’épargne pas cependant dans ses récits, la pauvreté et la misère de ces vies parfois lugubres.

     Dans ses poèmes, il saisit la spontanéité et l’éloquence du moment qu’inspire la pensée devant un paysage aussi troublant que les falaises d’Etretat. Que ce soit dans son poème Au bord de la mer (1897) ou bien dans celui de la Légende de la chambre des demoiselles à Etretat (1922), il insiste à plusieurs reprises sur le sentiment de solitude, d’isolement (" C’est une grotte perdue, Suspendue Entre le ciel et les mers, Une demeure ignorée Séparée Du reste de l’univers  "), et donc par là même de mélancolie. Il s’évade devant l’ampleur de l’océan et rêve de liberté (" Tantôt, courant sur l’arène marine, Il poursuivait les grands oiseaux de mer, Imaginant sentir dans sa poitrine La Liberté pénétrer avec l’air. "). Il se sent libre face au sauvage et à la solitude ; cela engrange en lui une force unique. Il imagine une histoire passionnelle entre ses falaises (" Elle étend sa blanche main ") et lui.

     Parmi d’autres auteurs plus récents, Maurice LEBLANC (1864-1941) a eu l’occasion de décrire l’aiguille de la porte d’Aval d’Etretat dans le cadre d’une enquête policière : Arsène Lupin et l’aiguille creuse. Il y décrit la force de caractère de l’imposante " sculpture " creusée dans la craie. Cette aiguille, imaginée creuse par l’auteur, serait le repaire du célèbre et légendaire gentleman cambrioleur. Les paysages surprenants qu’offrent Etretat sont donc source d’une inspiration fantastique et mystérieuse.

     Bien que l’art de la peinture et celui de l’écriture soient si différents, les artistes s’étant intéressés les premiers au site de la côte d’Albâtre, ont cherché à exprimer un double sentiment identique.

     D’abord, ils ont voulu fuir les fastidieuses vies bourgeoises parisiennes. Ainsi, ils ont révélé les choses comme elles sont dans la réalité sans ostentatoire. De là est né le Naturalisme : peindre la réalité triste et plate.

     Puis ils ont été fascinés par l’extraordinaire émotion poignante qui se dégage de ces paysages sauvages.

Ces décors, parfois austères, ont été propices au développement de l’étrange (Le Horla MAUPASSANT), du fantastique mais aussi du sordide et du mystère.

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