Les peintres de la Côte d'Albâtre

Les principaux peintres du Pays de Caux 

 De nombreux peintres se sont rendus aux abords de la Côte d’Albâtre devenue rapidement un phénomène de mode. Mais bien avant cela, DELACROIX (1798-1863) s’est intéressé au site d’Etretat et, le premier, a su reproduire les reflets changeants de la mer déchaînée. Egalement COROT (1796-1875), considéré comme le doyen du Naturalisme, a introduit dans ses peintures l’aspect flou et mouvant de la touche inspirée par les premières photographies. De plus COURBET (1819-1877), s’intéressa également au " Plein-airisme ". Sa peinture se révèle spontanée, fugitive et brute. " Les falaises d’Etretat après l’orage " (1869), en est l’un des exemples. Ces trois artistes résument ainsi les grandes sources vitales de la peinture moderne.

     En effet, un appel à la nouveauté semble presque indispensable face à la révolution industrielle qui s’amorce. Les esprits artistiques cherchent de nouvelles émotions. Tous viennent aux abords de cette côte. D’abord MONET, soutenu par JONKING et BOUDIN, fut le chef de file et peut-être celui qui l’a le plus exploitée. C’est avec son tableau " Impression au soleil levant " (1872) peint au Havre, que le mouvement " Impressionniste " naît. Mais en réalité BOUDIN, DEGAS, BRAZILLE, MANET, RENOIR ou même DAUBIGNY ont tous participé à la création de ce mouvement.

     L’engouement est général. Tous transcrivent dans leurs toiles l’émotion d’un paysage " vrai " (MAUPASSANT). La préoccupation majeure devient la recherche de variété de paysages, de réalisme et de jeux de lumières. L’intérêt artistique de ce paysage unique par sa variété traduit le contraste des falaises blanches et rigides et des grandes plages de galets, face à la mer sans cesse en mouvement, mélangé aux humeurs changeantes de la météo normande.

     Eugène BOUDIN (1824-1898) a, lui, basé une grande partie de son travail dans l’observation des jeux d’éclairage et la reconstitution de cieux nuageux. Il les exécute aux pastels d’un réalisme , d’une légèreté et d’une fraîcheur surprenante. Il a su capter l’essentiel d’un paysage à chaque minute métamorphosé. Le but n’est plus illustratif (personnages mis en scène), mais suscite par la simplicité et le vrai, la beauté, l’émotion d’un paysage réaliste.

     L’instantanéité et l’instable sont saisis par la toile. BAUDELAIRE, un ami de BOUDIN, subjugué par ces oeuvres d’une objectivité rigoureuse, s’en inspire pour sa poésie. La peinture et la poésie sont en effet, ici, étroitement liés, et semblent indispensables l’un à l’autre.

     Les deux milieux artistiques se côtoient et se soutiennent mutuellement face aux critiques qui émanent de cette nouvelle forme d’art. En effet, ZOLA, en tant que critique d’art défendit MONET, et par là même l’ensemble des Impressionnistes ; BAUDELAIRE prit le parti de BOUDIN en parlant de ses toiles à travers la poésie qu’elle lui inspire.

     Encore aujourd’hui, des peintres contemporains sont fascinés par les couleurs qui émanent de cette côte. Le normand Pierre LAMBERT en est l’un des exemples.

La côte d’Albâtre était donc vue par les peintres comme une source d’inspiration, un lieu de création d’un grand intérêt artistique. Elle leur permettait, grâce aux jeux fugitifs de la lumière entre ciel et mer, à l’évolution du ciel chaque minute métamorphosé, que BAUDELAIRE appelait " les beautés météorologiques ", de créer une véritable fugacité, instantanéité d’un moment particulier. Mais qui n’a jamais été frappé par cette curieuse osmose qui fait la beauté de ce lieu unique au monde ?

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