En l’absence de toute preuve scientifique, on peut penser que l’agriculture
biologique n’utilisant pas de fongicide doit forcément être infesté de
mycotoxines. C’est méconnaître totalement les interactions et les équilibres
d’un écosystème microbien en agriculture biologique. Dans un milieu naturel,
des antagonismes se développent pour réguler l’apparition ou la prolifération
des pathogènes. On le voit bien dans le cas des salmonelloses et listérioses qui
se sont développées fortement et uniquement dans les productions industrielles
pour des raisons paradoxales « d’excès de propreté… »
En effet, dès que l’on éradique l’ensemble de la vie microbienne, on
assiste à une recolonisation rapide et virulente de la listéria…
Pour ce qui est des mycotoxines, les risques sont assez semblables pour les
deux agricultures puisqu’il s’agit de moisissures qui peuvent se développer
lors des opérations de transformation ou de stockage, en aval, si elles sont
mal maîtrisées.
Mais l’agriculture biologique est plus sure grâce à ces circuits courts qui
ne nécessitent pas de stockages longs et importants. On voit comment les
pratiques agricoles inopportunes peuvent déclencher des réactions en chaîne et
des déséquilibres préjudiciables à la santé.
Les mycotoxines dans les produits
biologiques : comparaison avec les produits conventionnels.
Les données rassemblées dans cet
article sont tirées d’une étude comparative. Elle a été réalisée en 2002 par l’AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments) lors de l’évaluation des produits biologiques.
Les études comparatives disponibles en France sur les teneurs en
mycotoxines des produits de l’agriculture conventionnelle et biologique étant
très peu nombreuses, un travail de recherche a été réalisé en interrogeant un
certain nombre de centres de recherche européens. Ces études ne répondent pas
toutes aux critères de validité d’études comparatives proprement dites. Il faut
donc les interpréter avec prudence. Il s’agit non pas d’études ayant pour
objectif de faire une comparaison, mais de mettre en place des plans de surveillance incluant des
échantillons de cultures biologique et conventionnelle. On peut cependant en
tirer un certain nombre de conclusions intéressantes.
Les études sont de loin les plus nombreuses, et portant sur un grand nombre
d’échantillons, on été effectués en Allemagne. La grande majorité d’entre-elles
(10 sur 12) conclut à des teneurs en mycotoxines plus faibles dans les produits
biologiques.o

Tous les chercheurs confirment des faits connus des spécialistes. Les traitements
fongicides ne protègent que très imparfaitement, notamment contre les fusarium. Ils peuvent même, s’ils sont faits à des moments
inopportuns et avec certains fongicides (strobilurine notamment) stimuler la production de mycotoxines. Suite à ce constat, les
programmes de traitement sont en cours d’amélioration.
Les résultats des analyses faites sur les parcelles de l’essai DOC (essai
comparatif bioDynamique/bioOrganique/Conventionnel
intégré se poursuivant depuis 1978) montrent que d’autres facteurs
interviennent. En effet, alors que dans cet essai de longue durée, la rotation,
le travail du sol et la variété sont identiques dans toutes les variantes, et
que les apports d’unités d’azote sont voisins, c’est dans les parcelles
biodynamique et biologique que les teneurs en mycotoxines sont les plus
faibles. Par contre, les parcelles sans fertilisation depuis 20 ans (mis à part
les préparations biodynamiques) sont celles où l’on observe les teneurs les plus
élevées. Peut-être parce que, carencées en éléments nutritifs, les plantes sont
affaiblies. Les teneurs relativement élevées dans les parcelles
conventionnelles pourraient être une
conséquence des traitements fongicides effectués, qui auraient éliminé ou
affaibli la flore antagoniste des fusarium. Plusieurs
des facteurs de risque (précédent maïs, semis sans labour, apports élevés
d’azote, utilisation de régulateurs de croissance) étant absents dans la
majorité des exploitations biologiques, on comprend que les céréales
biologiques contiennent souvent moins de mycotoxines, notamment à la récolte,
que les conventionnelles.
Il semble que les problèmes de mycotoxines dans les céréales biologiques,
qui sont réels dans certains cas, proviennent surtout de mauvaises conditions
de stockage. Le stockage à la ferme est assez fréquemment pratiqué par les
agriculteurs biologiques. Et pour certaines exploitations converties récemment,
il se peut que les techniques ne soient pas encore bien maîtrisées et que le
sol n’ait pas encore retrouvé un niveau de fertilité et d’activité biologique
suffisants.
L’année 2007 sera décisive
pour l’agriculture biologique. En effet, de véritables expérimentations seront
menées pour comparer les taux de mycotoxines entre les deux formes
d’agriculture. Car jusqu’à présent, ce sont des données comparatives qui ont
démontré que dans une très grande majorité des cas, le blé biologique
n’est pas plus pénalisé.
En outre, il est très
probable que les résultats de ces expérimentations soient en faveur de
l’agriculture biologique.