La lutte préventive
Suite à la récolte, les céréales seront stockées
dans des silos spécialisés pour leur conservation. Les céréales peuvent être
gérées chez l’agriculteur lui-même ou bien chez un organisme stockeur qui est
spécialisé dans la conservation et la transformation de cette matière première. La lutte va donc se faire à la réception puis par la ventilation des silos de stockage.
Les céréales peuvent être affectés par différents
problèmes durant leur conservation :
- Les
rongeurs
- Les
acariens
- Les
champignons
- Les
insectes
Ce qui nous intéresse ici, c’est le développement
des champignons et ainsi le développement des mycotoxines. Les moisissures se
développent sur les céréales humides, quelque soit la température des grains,
mais sont favorisées si un gradient de température est observé dans la cellule. Leurs
dégâts sont marqués par l’apparition de mycotoxines contaminant rapidement la
totalité des grains. On retrouve deux principaux groupes de moisissures:
| Nom
|
Conditions de
développement
|
Mycotoxines
correspondantes
|
| Aspergillus
|
Chaud et humide
Froid et humide
T = 10 à 40 °C
H > 21%
|
Alfatoxine
Ochratoxine A
|
| Penicillium verrucosum
|
Froid et humide
H > 17%
|
Ochratoxine
|
La lutte préventive est caractérisée par
l’entretien et le nettoyage des installations, le nettoyage des grains, la
ventilation et le maintien d’une température et d’une humidité faible.
L’apparition des champignons est aussi liée à la présence d’insectes et de
ravageurs car ceux-ci vont dégrader les grains en apportant des éléments
extérieurs contaminants. La lutte au silo passe donc par une lutte contre les
insectes et les ravageurs.
La lutte
à la réception
On effectue une prévention à deux stades
principaux :
Avant la réception
Un nettoyage soyeux des cellules de stockage est
indispensable alors qu’une désinfection n’est pas forcément obligatoire
(utilisation d’insecticides). La poussière et les petits tas de grain présent
en cas d’un nettoyage négligé sont de véritables sources de nourriture et
d’abri pour les petits ravageurs ce qui peut ensuite entraîner la contamination
des graines par des champignons. Il faut donc brosser les parois et balayer le
fond de la cellule, nettoyer également le matériel de récolte et de transport
du grain.
Après la réception
Afin d’empêcher le développement des moisissures et
des insectes, il s’agit d’amener au plus vite la température et l’humidité du
stock à des valeurs inhibitrices de ce développement. Il faut régulièrement
contrôler à l’aide des moyens appropriés qu’aucun ravageur
n’est présent dans la masse de grain. En cas d’apparition de moisissures ou
d’insectes, on utilisera le plus rapidement possible les moyens de lutte mis à
disposition.
Le principe
de la ventilation
La ventilation

Source : FAO
La ventilation permet de lutter contre les risques
de dégradation de la qualité pour un coût faible et une simplicité
d’utilisation notable comparée à un traitement insecticide.
Cette technique consiste à envoyer un flux d’air à
température ambiante ou légèrement refroidi à travers la masse de grain
entreposé. Deux méthodes sont utilisées : le soufflage réservé aux cellules
de stockage de hauteur moyenne (<25m), et l’aspiration pour les cellules
plus importantes.
Une
ventilation doit être effectuée dès qu’un écart de température de 5 à 7°C se
produit entre le grain et l’air extérieur. Attention cependant à l’air
pulvérisé qui se réchauffe et peut provoquer une condensation au-dessus du tas
de grain.
Il est donc recommandé de refroidir le grain par
paliers de 8 à 9°C afin d’amener la température de 35°C (moisson) à 10°C pour
permettre une conservation de longue durée. Pendant la ventilation, la partie
inférieure de la cellule est d’abord refroidie puis s’établit une zone de
transition, dans laquelle s’effectue le refroidissement, qui monte lentement.
Le sommet du tas est refroidi quand la température est voisine de la
température de l’air de ventilation (environ 2 à 3°C d’écart). C’est alors que
l’arrêt de la ventilation est possible. Pour pratiquer la ventilation, il
convient donc de connaître la température de la masse de grain et celle de
l’air extérieur.
Le refroidissement fractionné
Le refroidissement est effectué en trois fois.
Lors de la récolte, le grain encore chaud (25 à
35°C) se détériore et perd du poids par la consommation de ses réserves. Le
grain transmettant mal la chaleur, un tas de grain se refroidit très lentement
lorsque la température extérieure baisse.
On pratique donc la ventilation dès la moisson en
profitant un maximum des nuits fraîches. Dès juillet voire août, il est
possible d’abaisser la température du grain à 15-20°C pour se rapprocher
rapidement des conditions optimales de conservation. Le départ en germination
ainsi que l’installation de moisissures sont alors ralentis. Lorsque la
température baisse en automne, une deuxième ventilation est conseillée pour
amener la température du grain vers 10-12°C. A cette température, le
développement des insectes et des moisissures est stoppé.
Pour conserver le grain jusqu’au printemps, un
refroidissement pendant l’hiver est nécessaire pour stabiliser la température à
5°C. Ainsi, la masse de grain atteint une température suffisante en vue des
remontées de température extérieure du printemps permettant de maîtriser les
champignons si le refroidissement d’hiver s’effectue au minimum trois mois.