Du 18 février au 20 février 2026 le colloque international « La Montée de l’Asie 60 ans après Havana » réunira Darwis Khudori, Miran Kang et Haruko Boaglio (GRIC) pour interroger les relations entre l’Asie, l’Afrique, l’Amérique latine et le reste du monde autour de la paix, de la justice et de la prospérité durable.
Résumé :
Parmi les plus importantes conférences dans la filiation de la Conférence afro-asiatique de Bandung fut la Conférence tricontinentale de La Havane. La filiation de Cuba avec Bandung a commencé après sa révolution de 1959, lorsque Ernesto « Che » Guevara, mandaté par le Premier ministre Fidel Castro, visita l’Asie, notamment l’Indonésie, pour rencontrer le président Sukarno en juillet 1959. L’année suivante, en janvier 1960, Cuba et l’Indonésie établirent leurs relations diplomatiques. En mai 1960, Sukarno visita Cuba, devenant le premier chef d’État étranger à se rendre dans l’île après sa révolution. Un an plus tard, en septembre 1961, Cuba participa à la Conférence des Nation Non-alignées à Belgrade et devint le seul pays d’Amérique latine membre fondateur du NAM (Non-Aligned Movement).
Belgrade a donné naissance à deux courants du non-alignement : un courant << radical >>, axé sur l’anticolonialisme et l’anti-impérialisme, souhaitant liquider le colonialisme et l’impérialisme au plus vite ; un courant << modéré >>, favorable aux négociations de paix entre les superpuissances. Ces deux courants étaient complémentaires et figuraient dans la Déclaration finale. Au cours des années suivantes, le colonialisme, l’impérialisme et le néocolonialisme ont continué de sévir de manière sanglante en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Cuba, qui faisait partie du courant << radical >> du non-alignement et qui souffrait le plus de l’impérialisme américain, a intensifié ses efforts avec la Conférence tricontinentale de La Havane en 1966, tandis que le courant << modéré >> s’est manifesté lors des sommets réguliers du Mouvement des non-alignés, qui perdurent encore aujourd’hui.
La conférence était axée sur l’intégration tricontinentale, mettant l’accent sur l’anticolonialisme, l’anti-impérialisme, l’internationalisme révolutionnaire, la collaboration et le soutien dans ces domaines. Certains délégués ont sollicité le soutien militaire et diplomatique auprès d’autres participants dans leurs actions révolutionnaires et anticoloniales. Ils ont également appelé au démantèlement des bases militaires étrangères sur les trois continents et à la fin des pactes militaires. Cependant, la déclaration générale de la conférence soulignait que l’ennemi commun de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique latine était sans conteste l’impérialisme et l’interventionnisme américains. Parmi les résultats figurait la fondation de l’Organisation de solidarité avec les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine (OSPAAAL).
Pendant ce temps, l’Asie connaît un essor notable depuis le début du XXIe siècle. En 1970, l’Asie était le continent le plus pauvre du monde, marginal l’exception de sa forte population. En 2016, sa part dans le PIB mondial est passée de moins d’un dixième à trois dixièmes, tandis que son revenu par habitant a dépassé celui des pays en développement et a convergé vers le niveau de revenu moyen mondial. La croissance du PIB et du PIB par habitant en Asie a été bien supérieure à celle de l’économie mondiale, des pays industrialisés et du monde en développement, tant en Afrique qu’en Amérique latine. Au cours de cette période, la part de l’Asie dans la production industrielle mondiale est passée d’un minuscule 4% à plus de 40%. Sa part dans le commerce mondial de
marchandises est passée d’un douzième à un tiers. Non seulement l’Asie progresse en termes d’économie, mais elle progresse également dans les cinq autres domaines contrôlés jusqu’à présent par l’impérialisme occidental : les pays asiatiques ont réalisé des progrès considérables dans les sciences et la technologie (espace, nanotechnologie, biotechnologie, technologie numérique, énergie renouvelable, intelligence artificielle, etc.) ; dans l’information, la communication, les médias (médias numériques, médias alternatifs, médias sociaux, etc.) ; dans le système et les institutions financiers (banque BRICS, monnaies locales dans le commerce international au lieu du dollar américain, paiement numérique, etc.) ; dans les armes de destruction massive (le nombre d’ogives nucléaires de la Chine, de l’Inde, de la Corée du Nord, du Pakistan et de la Russie réunies a été supérieur à celui de la France, du Royaume-Uni, des États-Unis et d’Israël réunis) en plus de la technologie d’armement la plus récente inventée par la Chine, l’Iran, la Corée du Nord et la Russie, comme les missiles hypersoniques et les avions de combat supérieurs à ceux de l’Occident ; et dans le contrôle de l’accès aux ressources naturelles (la Chine seule a accès aux ressources naturelles d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine).
Aujourd’hui, six décennies après La Havane, quel est l’état du monde au regard des revendications de la Conférence tricontinentale ? Le colonialisme et l’impérialisme ont-ils été réellement éradiqués d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine ? De quelles façons continuent-ils à fonctionner sous des formes nouvelles (néo-colonialisme, dépendance économique, domination culturelle) ? Quelles sont les conditions de vie des peuples, des communautés locales, des minorités indigènes, ethniques et religieuses – en particulier des femmes et des enfants – dans ces trois continents ? Comment comprendre et gérer les formes d’informalité : secteur informel, commerce informel, logement informel, urbanisation informelle ? Quelles sont aujourd’hui les relations entre l’Asie, l’Afrique, l’Amérique latine et le reste du monde ? Quelles relations devraient être mises en place pour construire une prospérité mondiale durable fondée sur la paix, la justice, la coopération, la solidarité et la diversité «
